Voyage au cœur d’une société de service
Nous avons réuni dans cet article quelques éléments permettant de réaliser un petit film didactique illustrant la vie en société de service au 20ᵉ siècle. Les personnages sont fictifs, bien qu’inspirés de rencontres réelles glanées au fil de ma carrière.
Les personnages
par ordre d’entrée en scène
L’ingénieur débutant : Paul Hisson, le héros. Se tient à carreau pendant la période d’essai. Ne comprend pas toujours les blagues de ses collègues. Essaie de repérer les « projets ambitieux de hautes technologies » qu’on lui a fait miroiter pour l’embaucher.
Le collègue lèche-bottes : demande si Paul travaille à mi-temps lorsqu’il part à l’heure. Lui, arrive avant le boss et part après lui (juste cinq minutes après).
La secrétaire : soigne sa tenue vestimentaire, vise un objectif professionnel plus épanouissant, épouser le boss ou mieux celui qui le deviendra rapidement. Peut changer de cible en fonction des circonstances.
Le boss : il est important de le reconnaitre, même s’il n’est pas souvent présent. Indices : ses costumes sont généralement bien coupés et il porte un jean le vendredi. Il lit son courrier imprimé, dans un parapheur rose que la secrétaire lui apporte avec un café. Paul évite d’occuper sa place de parking (d’ailleurs, il n’en a pas) ou de draguer sa commerciale préférée.
Le manager alcoolo : débute à la bière vers 10 h du matin, poursuit au whisky à partir de 11 h. Anime des réunions très arrosées. Ne fera malheureusement pas un très long passage dans l’entreprise, à la grande déception de la supérette d’en face qui lui livrait les caisses de bière. Certains collègues prétendent qu’il avait un flingue dans le tiroir de son bureau, mais Paul ne l’a pas vu.
Le commercial : ne propose que des missions « super intéressantes » sans donner trop de détails et complète le CV de Paul de façon artistique en l’émaillant de compétences dont vous ignorez même la signification.
Variante : la commerciale qui minaude devant le client en lui suggérant quelques besoins supplémentaires à satisfaire.
Le consultant : ne consulte que lui-même. Ne cherche pas à être compris, mais à prouver que lui seul sait comment faire. Devise : pourquoi rendre compréhensible ce qui peut faire rêver ?
Le DRH : se confesse après chaque licenciement, sur la recommandation expresse de Paul.
Le juriste : évite à Paul de lire les contrats. Il préfèrerait même qu’il ne les lise pas.
Le militaire à la retraite (variante l’homme politique à la retraite) : expert en carnet d’adresse, prend Paul pour son ordonnance.
Le syndicaliste : choyé de la direction, expert en double langage, négocie les meilleures augmentations à titre personnel. Est d’ailleurs mieux payé que son supérieur hiérarchique direct.
Le coach : tout sourire, expert en manipulation, sensé (re)donner à Paul le gout au travail et développer son esprit d’équipe. Ami(e) du boss.
Le responsable des moyens généraux : indispensable au bon fonctionnement. Bluffe Paul en faisant démarrer le groupe électrogène de secours au quart de tour sans interruption des serveurs.
Le client : pas très important dans le dispositif. Une fois capturé, a du mal à s’en sortir. Une fois moins débutant, Paul essaiera de le convaincre de l’embaucher.
La boite concurrente : pas très différente, Paul y retrouvera ses anciens collègues.
Les éléments de langage
Mission : terme employé pour désigner les tâches qui sont confiées à Paul. Tel un missionnaire, il sera seul responsable des résultats obtenus.
Régie : terme désignant la mission de Paul lorsqu’il est envoyé chez un client, pour une durée allant de la journée à plusieurs années, afin de réaliser le travail souhaité par le client. Sa mission est alors de faire ce que le client demande et il est facturé au temps passé. Le juriste fait attention aux termes du contrat, car la régie peut être qualifiée de « délit de marchandage » si le transfert du lien de subordination entre employeur et salarié est trop visible (voir delit-de-marchandage-definition-effets-et-sanctions).
Forfait : désigne les missions pour lesquelles l’engagement de la société est lié à l’obtention d’un résultat défini contractuellement. L’évaluation correcte des charges est toujours un exercice difficile sur les contrats au forfait. Heureusement, le commercial sait négocier des avenants dès le premier dépassement et expliquer au client que cela relève d’une démarche agile.
Feuille d’heure : c’est le formulaire que Paul remplit tous les mois pour indiquer le temps passé sur chaque contrat ou chaque tâche. Cela permet à l’entreprise de le facturer. Il a bien noté qu’il ne doit pas y faire figurer d’heures supplémentaires ni en réclamer.
Intercontrat : période entre deux contrats pendant laquelle Paul n’est pas facturé. Son manager en profite pour lui confier des tâches telles que la rédaction de PowerPoint à usage commercial.
PowerPoint : la maitrise du PowerPoint permet à Paul de briller lors des réunions. Il gagne beaucoup de temps en ne rédigeant plus de rapports textuel détaillé.
Temporalité
L’action se déroule dans une société de service à une époque où il n’y a pas de téléphone portable, ni de réseaux sociaux. Aucun outil d’IA n’est accessible au grand public. Le télétravail n’est pas répandu. Les hommes portent encore des cravates, sauf le vendredi et les femmes se maquillent.
Le décor
Téléphones fixes sur les bureaux, pas de bureau paysagé, taille des bureaux proportionnelle au rang hiérarchique.
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